Je t’écris depuis cette terre lointaine, un lieu où la vie a commencé, oublié de Dieu ensuite, sans doute.
Dine est cette image séculaire d’une terre jaune battue par les vents et le labeur des hommes, douloureusement.
Terre qui accueille les aïeux à leur fin, dans du sable que seules les larmes arrosent.
L’horizon est ouvert sur les arbres mirages, sur les plaines sem fim, sur le vide aussi.
Tellement de silence, tellement de peu, un îlot perdu dans l’abîme des terres.

Assise près du vieux four à chaux, mes doigts émiettent un brin de thym sauvage, frêle et sèche racornure.
De ces quelques feuilles, miracle de la nature, un parfum puissant émane qui traverse les siècles, les heures, les temps ; parfum en reliance d’hier à aujourd’hui.
Un âne au loin, un chien plus près, forment une brumeuse musicalité.
Ici, tout est vapeur, chaleur, torpeur, tellement loin de tout.

Et c’est moi que je retrouve, les pieds enfoncés dans la misère de cette terre.
Je retrouve des racines, je retrouve une essence ; mélange d’essentiels quand il ne me reste plus rien.
J’ai fui la ville et son feu bourdonnant. J’ai fui la foule et ses flux incessants.
Ici, nul autre flux que le vent qui balaye sans fin, ode et complainte adressée à l’Univers.

 

………. Les hommes passent dans des cycles incessants.
………. Je suis un de ces passants qui s’arrête un instant.
………. Une pause, nécessaire.

 

Cette lettre accueille un peu de la terre qui s’envole, quelques feuilles de thym, et puis les mots que mon encre ramasse.

Doux instants fixés dans l’éternité de ce réceptacle de papier.
Cette lettre ne partira pas, elle n’a pas de destinataire.
Je fixe en elle une parenthèse, exilée sur le fil d’un espace et d’un temps qui furent miens, solitaire.

 

 

Dine, vue sur la plaine

Parenthèse hors temps

Technique(s) : Stylo à bille
Matériaux : Croquis issu du carnet de voyages 2017
Dimensions (cm) : 25 X 18
Date : 2017

Prix : Réservé