Du 06 au 08 mars 2019, le Festival Essenti’Elles se tenait à Vénissieux, sur différents espaces de la ville.

La médiathèque Lucie Aubrac était au coeur de l’inauguration de l’événement, accueillant les expositions de Clara Magazine, Malika Mihoubi dans le cadre de ses Chroniques Vénissianes, ainsi que ma série de sculptures liées aux violences conjugales.

Ainsi, Sois belle, Rohibius, Down Aurora et Diyalmemto se racontèrent sur leur socle respectif, en accords s’enroulant comme une frise chronologique de vie, de ma vie, dans les souffrances traversées.
En exergue, mon poème « Le Prétexte » me racontait autrement, dans mon cheminement pour en sortir, pour m’en sortir.

Pour appuyer ce témoignage artistique, mes mots étaient une continuité, comme une évidence.
J’ai donc participé à la table ronde, pour toujours mieux parler de ma violence vécue, et pour aussi inviter la parole à se libérer tout autour de moi et du public venu nombreux. J’appelais à entrer dans l’après de la reconstruction, comme une nouvelle vie dans la vie de chaque victime. Invitant ainsi à entrer dans l’espoir et la force d’y croire.
J’ai pris à témoin le public présent pour qu’il raconte à son tour ce qu’il aurait retenu de la table ronde. Pour qu’il en parle tout autour de lui. Pour que la parole circule. Pour qu’elle se libère aussi, encore.

D’autres personnalités étaient présentes autour de cette table d’échanges :
Sabine Salmon (présidente de l’association Femmes solidaires et Directrice de la publication de Clara Magazine), Laura Olivieri (du groupe #metoo Lyon), Julie Leblanc (anthropologue à l’initiative du projet Les Minguettoises), Malika Mihoubi (photographe au sein de Blick Photographie et initiatrice du projet Chroniques Vénissianes), ainsi que  quelques femmes participant aux projets Minguettoises et Chroniques Vénissianes.

La discussion s’articulait autour du thème « rendre visible l’invisible« … Sujet tellement « parlant » pour moi !
J’ai alors ouvert la table ronde par la lecture de mon poème « J’ai entendu dire », comme une évidence encore.
Libérer le mot pour libérer des maux ; c’était là mon leitmotiv au coeur de la discussion, comme une amorce de changement permettant de casser la mécanique de violence, pour s’en défaire et grandir pour soi-même en dehors.

Aujourd’hui encore, je déplore les mots étouffés par la honte, la culpabilité, la superficialité cultivée par une société de paraître où ce qui accroche est lissé. J’entends encore trop de « ça n’existe plus en 2019, avec tout ce qu’on fait, toutes les associations et la justice qui condamne »…
Ce sont davantage les réseaux sociaux qui offrent en nombre et relaient des témoignages libres et sincères à visages découverts, des coups de gueule sans filet… en contrepartie likés de peu parmi mille autres articles, devant le confort d’un écran d’ordinateur.
Un like, c’est tellement peu quand tout reste à faire dans notre société qui s’emballe, prise de vitesse, visionnant à 360° au-delà de nos frêles frontières quand elle ne regarde pas ceux qui souffrent à ses pieds…
Et quand tout est aussi à défaire des idées reçues, des conflits machistes et des discours misogynes, des mécaniques de violence et de leur normalisation dans une répétition de père à enfant, d’enfant à petit-enfant, de génération en génération…
Car la normalisation s’installe dans l’habitude de la claque, du coup qui déborde quand un mot est de trop, des excuses ravalées dans le coup d’après. Avec la violence vient la peur de « détruire la famille » en dénonçant la violence, et la culpabilité aussi de se dire « ce sera de ma faute, c’est de ma faute« …

Gardez bien ceci à l’esprit : la famille n’est plus dès lors que la violence est entrée à l’intérieur.
Aussi, cassez, cassez les mécaniques de répétition, de (dé)compensation, d’enfermement dans une mort à soi-même quand l’autre vous fait culpabiliser, portant sur vous toute la faute pour ce que vous subissez !
Oui, vous pouvez vous en sortir.
Oui, vous avez droit au bonheur en créant pour vous-même votre vie d’après. Vous n’êtes pas seul(e), d’autres victimes se sont relevées et vivent aujourd’hui pleinement leur renaissance. J’en fais partie.
Faites votre premier pas en libérant votre parole, elle sera reçue sans vous juger.
Vous n’avez pas à être jugé(e).
Vous n’avez pas à vous reprocher la violence que vous avez subie.
En revanche, apprenez à fermer la porte sur ce qui ne doit plus être.
Apprenez à dire stop. Apprenez à dire NON !
Dans ce changement, dans cet acte de rupture ; ayez confiance en ces mains qui se tendront pour vous aider à vous tenir droit(e).
Mais pour cela, avant tout : parlez !

Votre résistance, c’est la force de vie, immense, que vous avez en vous. Vous allez la découvrir dans ce que vous sous-estimez de vos capacités. Vous allez en grandir, dans le bonheur que vous vous offrirez de vivre, dans l’après.

C’est sur ces paroles de confiance et d’espoir que se terminait mon interview recueillie parmi d’autres par Couleur Café Citoyence 06 mars encore.
Je vous laisse découvrir ces mots, ces images, pour qu’ils vous imprègnent dans tout ce tout ce que vous avez, dans tout ce que nous avons à faire pour avancer, dans le respect et la dignité, tous ensemble…  bien au-delà d’un 8 mars ou d’un 25 novembre !