Gueules cassées, âmes brisées.

Ils furent tant d’hommes,
Partis gonflés de vie,
Défendre une femme, un enfant, la patrie…

Ils avaient l’espoir facile
D’un retour en automne,
En hiver, peut-être…

Mais l’effort sombra, dans la fange et le froid.
Froideur des corps qui durent dans les flaques,
Compagnons d’un instant qui sitôt s’atrophient…

Et l’espoir encore au milieu de l’effroi,
Et le rêve qui nourrit au travers des rafales,
Et l’alcool qui tapit la peur dans les entrailles…

Une balle soudaine ou l’éclat d’un obus,
Gémissements d’une disparition
A soi-même…

Leur visage s’effaça
Dans l’horreur de cette guerre
Qui racle, qui brise…

Gueules cassées,
Ombres de ce qu’ils furent,
Des hommes d’espoir…

Repoussés des regards,
Dans l’attente d’en finir
Sans plus autre miroir
Que leur mort commencée.

(Croquis extrait du carnet de voyages Exquises Esquisses)